Historique

1963 – 2026 : l’AFDJ à la conquête de la liberté

Nous sommes en décembre 1963 à Moutier : les Jurassiennes favorables à l’autonomie du pays – de Boncourt à la Neuveville – décident de se fédérer. Elles sont alors une centaine à fonder l’Association Féminine pour la Défense du Jura (AFDJ). Preuve de l’implication des femmes dans la cause jurassienne, elles seront 6000 quinze ans plus tard.

Les Jurassiennes ne disposent alors pas du droit de vote et n’apparaissent pas dans les partis politiques. Leur objectif est pourtant clair : lutter pour l’indépendance du Jura historique et l’amélioration de la condition de la femme, aux côtés du Rassemblement jurassien (RJ) devenu plus tard le Mouvement autonomiste jurassien (MAJ). Mais l’association dispose de toute sa liberté ; il lui appartient d’œuvrer de manière autonome.

De nombreuses sections sont implantées dans tous les districts. Le premier travail de l’AFDJ consiste à soutenir financièrement le mouvement de libération. Dans cette perspective, ses membres s’arment de leurs aiguilles et confectionnent drapeaux, costumes jurassiens et autres ouvrages qui sont ensuite vendus. Cette manne bienvenue pour le RJ vient s’ajouter à l’aide aussi précieuse que bénévole fournie notamment pour les tâches de secrétariat.

L’année 1965 est marquée par une campagne hors du commun : l’action 1000 x 100.- CHF. Objectif pour les membres : par le porte-à-porte, récolter auprès d’entreprises, d’artisans et de particuliers mille dons de 100.- CHF chacun… Et l’objectif est atteint ! Pour bien se figurer cet exploit, notons qu’un montant de 100'000.- CHF en 1965 équivaudrait, en 2026, à quelque 375'000.- CHF.

Au-delà de l’aspect financier, l’AFDJ devient rapidement le lieu où les Jurassiennes s’informent et se forment en politique. Elles y apprennent à travailler en comité, à tenir une assemblée, à gérer les comptes, à parler en public. Des cours d’instruction civique y sont aussi donnés.

L’association ne se cantonne pas aux coulisses de la lutte. Dès 1967, devant l’immobilisme dans lequel est empêtrée la Question jurassienne, les femmes entreprennent des actions spectaculaires : elles manifestent devant des tribunaux, distribuent des tracts, déploient des calicots et des drapeaux jurassiens. Elles clament publiquement leurs convictions à Berne et au Palais de l’Europe à Strasbourg. Elles s’en prennent aussi à la Confédération ; elles confectionnent un « oreiller de paresse » et l’apportent au conseiller fédéral Kurt Furgler.

Alors que le peuple suisse s’apprête à se prononcer sur le droit de vote des femmes, en 1971, les militantes de l’AFDJ prennent une part active dans la campagne en faveur de l’extension de leurs libertés.

Et lorsqu’en 1974 est décidée la création du canton du Jura, elles poursuivent leur engagement. L’une des fondatrices de l’association, Valentine Friedli, sera la seule femme élue à l’Assemblée constituante de la République et Canton du Jura en 1976. Cette pionnière deviendra aussi, par la suite, la première conseillère nationale jurassienne (1983-1987).

Les femmes de l’AFDJ peuvent aussi se targuer d’avoir été les premières, en Suisse, à faire inscrire dans la Constitution cantonale la création d’un Bureau de la Condition Féminine, devenu plus tard le Bureau de l’Égalité.

En 2004, l’AFDJ, avec plus de 2000 membres, constitue toujours la plus grande association féminine du Jura historique.

Le temps passe mais l’engagement demeure. C’est à l’initiative de l’association qu’est inaugurée, en 2019, sous les Arcades de l’Hôtel de Ville de Delémont, la Place « Valentine Friedli », mère de la patrie jurassienne.

En 2023 enfin, le prix de la Fondation Léchot-Légobbé salue l’engagement de l’AFDJ en faveur de l’indépendance du Jura et de l’égalité des droits entre femmes et hommes. Il permet de recueillir la mémoire de huit militantes investies dès la première heure dans ce double combat.

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